Membrane, de Chi Ta-wei : la peau d’un(e) autre

9782360570676Membrane est un court roman dont l’intrigue se déroule en 2100. A cette époque, les rayonnements solaires ont contraint les différentes nations à se réfugier dans des villes sous-marines, à l’image de T-ville, colonie taïwanaise en mer de Chine méridionale. C’est là que vit Momo, une esthéticienne qui s’apprête à fêter ses 30 ans.

Professionnelle réputée, elle vit pourtant dans une quasi-solitude. Elle n’a d’ailleurs pas revu sa mère depuis ses 10 ans, âge où, porteuse d’un virus aussi nouveau que mortel, elle a dû subir une importante opération marquée par de multiples transplantations d’organes artificiels et un changement de sexe. Dans un univers où les androïdes servent aussi bien à assister les humains qu’à leur fournir des organes et des corps de remplacement, ou encore à combattre en surface pour régler les conflits territoriaux, Momo puise dans ses souvenirs pour tenter de mettre un nom sur sa propre étrangeté.

Membrane ed taiwanaise

Couverture de l’édition taïwanaise.

Publié en 1996 à Taïwan, Membrane est un roman dont l’ampleur ne se révèle que dans son dernier quart. Davantage que le monde futuriste dans lequel évolue Momo et qui est fortement tributaire de l’imaginaire des années 1990, c’est surtout le portrait de cet être à la marge qui trouble et séduit.

Après une entrée en matière assez longue, le récit progresse en s’accrochant à la mémoire fragmentaire de Momo, mémoire comme faite de lambeaux et qui ressuscite le souvenir d’êtres chers — Maman, l’androïde Andy — dont la jeune femme ne comprend pas véritablement pourquoi ils ont disparu de sa vie. Au fil des pages, on est aussi intrigué par la propension de l’esthéticienne à se mettre dans la peau des autres, grâce à des « scanners » dernier cri et à la mystérieuse pellicule M-Skin dont elle enduit le corps de ses clients. Les raisons de cette vie par procuration ne sont dévoilées qu’à la toute fin du récit.

chi-tawei-auteur

Chi Ta-wei.

Dans un style sobre mais ponctué de multiples références littéraires et cinématographiques, Chi Ta-wei engage avec ce roman une réflexion sur les questions des conventions sociales liées au genre et à la sexualité (queer), de la filiation, de l’imperfection humaine, de la mémoire et de la conscience de soi dans des sociétés hautement technologiques. L’articulation de ces différents thèmes fait de Membrane un roman riche et à la résonance profondément actuelle. Qui plus est, le traducteur, Gwennaël Gaffric, livre dans une postface un éclairage utile sur la place de l’homosexualité et des thématiques queer dans la littérature taïwanaise et sur la réflexion menée dans ce domaine par Chi Ta-wei.

2 réponses à “Membrane, de Chi Ta-wei : la peau d’un(e) autre

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