Li Ang

LiAngLi Ang [李昂], de son vrai nom Shih Shu-tuan [施淑端], est née le 7 avril 1952 à Lugang (Lukang) dans le district de Changhua, à Taïwan. Elle est la dernière enfant d’une famille aisée. A l’âge de 16 ans, inspirée sans doute par l’exemple de ses sœurs aînées, elle publie sa première nouvelle, « La saison des fleurs » [花季 Hua Ji], qui la fait connaître des cercles littéraires à Taïwan. A partir de 1970, elle suit des études de philosophie à l’Université de la culture chinoise, établissement situé sur les hauteurs de Yangmingshan, à Taipei. Elle publie encore plusieurs nouvelles dont l’action se déroule dans sa ville natale. En 1975, elle part étudier le théâtre à l’Université de l’Orégon, aux Etats-Unis, dans le cadre d’un master qu’elle décroche deux ans plus tard avant de retourner enseigner le théâtre à l’Université de la culture chinoise. Sa formation anglophone va d’ailleurs l’amener à côtoyer un monde où l’émancipation féminine et littéraire est alors plus avancée qu’à Taïwan.

D’autres de ses nouvelles sont publiées et l’une d’elles, « N’aie pas pitié de moi, éduque-moi » [別可憐我,請教育我 Bie Kelian Wo, Qing Jiaoyu Wo], reçoit en 1981 le premier prix littéraire du quotidien China Times. Dans le même temps, elle travaille à l’écriture d’un court roman inspiré d’un fait divers – une femme qui tue son mari. La Femme du boucher [殺夫: 鹿城故事 Sha Fu, Lucheng Gushi], traduit ultérieurement sous le titre Tuer son mari par Alain Peyraube et Hua-Fang Vizcarra, est publié à Taiwan en 1983 où il a un profond retentissement en raison de la violence du récit qui dénonce le tabou du viol conjugal. L’ouvrage est primé la même année par le quotidien United Daily News. C’est le premier roman du genre à avoir transgressé la barrière des tabous dans le monde sinophone, tandis que la loi martiale était encore en vigueur à Taïwan. Tseng chuang-hsiang [曾壯祥] a adapté l’ouvrage un an plus tard au cinéma. En 1985, Li Ang publie Nuit obscure [暗夜 An Ye],  censuré par le gouvernement taïwanais, suivi six ans plus tard du Jardin des égarements [迷園 Mi Yuan] qu’elle publie à compte d’auteur. Li Ang est aussi active au sein de la communauté littéraire internationale : en 1979, elle fait le don d’une centaine de milliers de dollars taïwanais à Beautiful Island Magazine ; à partir de 1981, elle est invitée à écrire une colonne intitulée « L’Opinion des Femmes » pour le China Times, et elle participe à l’International Writing Program de l’Université de l’Iowa en 1987. Elle est récompensée en 2002 par le prix littéraire Lai Ho et en 2012 par le prix Wu San Lien.

Entre temps, puis tout au long des années 1990 et 2000, Li Ang publie régulièrement des nouvelles et essais dont les thèmes abordent de manière frontale des questions liées à la sexualité et à l’émancipation des femmes dans la société. Dans une interview pour le site dédié aux auteurs sinophones contemporains (Contemporary Chinese Writers), Li Ang discerne ainsi deux formes de féminisme, l’une publique, s’attachant au caractère légal de la libération des femmes, l’autre privée, centrée sur l’éternelle question de la féminité. L’émancipation légale des femmes ayant aujourd’hui fortement progressé, c’est la deuxième problématique que l’auteure explore dans ses œuvres les plus récentes. En 2007, elle publie le recueil Festin de printemps au canard mandarin [鴛鴦春膳 Yuan Yang Chun Shan], dont l’une des histoires, « Pour un bol de nouilles au bœuf », est adaptée sur scène la même année par le Théâtre de l’Opprimé, à Paris. En 2004, le ministère français de la Culture a décerné à Li Ang l’insigne de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Elle est la première écrivaine de langue chinoise à l’avoir obtenue.

La pensée de Li Ang peut être difficile à situer. Elle procède de la construction d’une identité littéraire taïwanaise telle qu’on la rencontre avec la « littérature du terroir » [鄉土文學 Xiangtu Wenxue] des années 1970 et, dans le même temps, elle appelle à un modernisme social et formel qui fait écho à l’inspiration occidentale des écrivains modernistes taïwanais des années 1960-70. Ses premières nouvelles rencontrent les influences de la pensée psychanalytique (« Les Poupées qui avaient des courbes » [有曲線的娃娃 You Quxian De Wawa], par exemple), quand ses romans les plus récents se font davantage l’écho d’un historicisme qui vise à redéployer le contexte historique et politique de la narration. Li Ang affirme toutefois qu’elle n’est pas historienne, mais bien romancière, et la problématique principale de ses œuvres ne se départit jamais de son sujet de prédilection qu’est la libération sexuelle. Cependant, son œuvre prend comme présupposé l’indépendance politique de Taïwan, comme État à part entière, ce qui n’a pas toujours fait l’unanimité dans les cercles littéraires sinophones. Aux yeux de certains critiques, son œuvre participerait ainsi d’une construction identitaire, à la fois politique et culturelle.

Li Ang s’oriente vers une écriture qu’elle souhaite toujours plus accessible, une écriture « simple » qui ferait écho au quotidien de ses lecteurs, davantage qu’une écriture raffinée. Cependant, les descriptions crues et la violence des dialogues ne doivent pas faire oublier le raffinement intellectuel qui participe de l’architecture soignée de ses œuvres. Ces dernières sont le lieu d’un travail approfondi sur la mémoire et la dramatisation des comportements. Pour Li Ang, l’idée de départ est certes spontanée, mais le travail d’écriture qui s’ensuit nécessite de longues investigations. Cette collecte de nouveaux éléments semble laisser peu d’espace à la vie personnelle de l’écrivaine. À 63 ans, Li Ang s’avoue une éternelle célibataire, faisant de l’écriture sa priorité : « Personnellement, j’ai su très tôt que le mariage n’était pas une option viable pour moi. Même si mon éventuel conjoint avait accepté que j’écrive des romans comme ceux que j’ai écrits, sa famille aurait été la source de trop d’oppositions ou d’obstacles. Entre l’écriture et le mariage, j’ai choisi », affirme-t-elle sans amertume.

Ainsi, les critiques acerbes qu’a rencontrées son œuvre et qui font d’elle une femme aux mœurs non moins légères que celles de ses personnages restent infondées. Li Ang n’est pas la protagoniste de ses romans, bien qu’il est indéniable qu’elle puise dans son expérience personnelle le matériau qui lui permet de construire ses romans. Toutefois, les critiques répétées l’ont longtemps affligée, et elle admet elle-même que c’est seulement depuis 2010 qu’elle s’est sortie d’un statut de victime, résultat d’un combat perpétuel face à la réception abusive de ses œuvres. Si Li Ang s’est toujours défendue habilement des attaques, elle reconnaît volontiers que celles-ci l’ont blessée, aussi bien psychologiquement que physiquement, son état de santé s’étant dégradé au cours des années 2000. Aujourd’hui plus sereine, elle continue sa quête solitaire dans la création et projette désormais d’écrire davantage sur les hommes.

Notice biographique établie par David Rioton.

Références : http://li-ang-english.blogspot.tw/  /  http://web.mit.edu/ccw/li-ang/

Retrouvez l’entretien que Li Ang a accordé à Lettres de Taïwan : « J’essaie de créer une histoire taïwanaise ».

En plus des titres mentionnés ci-dessus, deux nouvelles de Li Ang ont également été traduites en français : « Pour un bol de nouilles au boeuf » et « Une salle funéraire déserte ».

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