Salon du livre de Taipei 2018 : quel pouvoir pour la lecture ?

Le Salon international du livre de Taipei 2018 a ouvert ses portes le 6 février aux professionnels de l’édition, avant d’accueillir du 7 au 11 février le grand public. Son slogan cette année : « Le pouvoir de la lecture ».

La présidente Tsai Ing-wen a inauguré le salon. (Aimable crédit de la Présidence de la République)

« Pourquoi le plus grand salon du livre d’Asie se tient-il à Taipei, à Taiwan? », a lancé la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen (蔡英文) – elle-même grande lectrice – en inaugurant la manifestation. Question à laquelle elle a immédiatement apporté une réponse : « C’est à cause de notre système politique démocratique, de notre société libre, où des avis et des voix divers peuvent travailler ensemble pour faire jaillir des idées ».

「為什麼全亞洲最重要的書展會在我們臺灣、會在臺北?」因為,我們的政治民主、社會自由,各種多元的立場和聲音,都可以共同在這塊土地上激盪出創意

« Le secteur de l’édition, a ajouté Tsai Ing-wen, c’est le soft power de Taïwan. » Et la chef de l’Etat d’illustrer ce propos en citant la présence de nombreux éditeurs et diplomates étrangers – Israël est l’invité d’honneur de cette édition – et en rappelant que Taïwan sera l’invité d’honneur de la foire du livre de Bangkok, en Thaïlande, en mars prochain.

Alors que la Chine populaire vient de lancer une plateforme numérique pour faciliter la traduction à l’étranger d’oeuvres littéraires chinoises, Taïwan entend bien lui aussi exister sur la scène littéraire internationale. Depuis quelques années, les initiatives taïwanaises en ce sens se sont multipliées : refonte du système d’aide à la traduction et à la publication à l’étranger, formation des maisons d’édition et des agents littéraires à la négociation des droits, promotion d’auteurs auprès des éditeurs étrangers avec notamment la plateforme Books from Taiwan, soutien financier ad hoc à des initiatives éditoriales, etc.

Israël est l’invité d’honneur du salon cette année. (Aimable crédit de la Présidence de la République)

L’urgence était double, économique et culturelle. La part des cessions de droits dans le chiffre d’affaires des maisons d’édition taïwanaises était en effet très faible, alors même que la chute des ventes de livres ampute depuis plusieurs années leurs recettes : mieux valoriser leur catalogue est donc une priorité. Sur le plan culturel, mieux identifier à l’étranger la littérature taïwanaise, faire découvrir des auteurs de différentes générations et encourager les échanges (par exemple la participation à des résidences d’auteurs) est aussi devenu un objectif de premier ordre.

A Taïwan même, le « pouvoir de la lecture » a toutefois quelque peu battu en retraite ces dernières années, avec une baisse brutale des ventes de livres et du chiffre d’affaires des maisons d’édition à partir de 2012. Si la chute semble s’être interrompue ces deux dernières années – mais sans remontée de la pente -, les éditeurs taïwanais savent combien le marché est de plus en plus difficile à aborder, entre promotions massives pratiquées par les distributeurs (sites de vente en ligne en tête), priorité aux best-sellers, rotation très rapide des titres, et déclin des chaînes de librairies de taille intermédiaire. Une réalité évoquée dans son discours par la présidente Tsai qui s’est dit confiante sur le fait que « l’hiver de l’édition taïwanaise fera sans nul doute bientôt place au printemps ».

Le salon du livre de Taipei, avec ses quelque 500 000 visiteurs, est en tout cas l’événement idéal pour regonfler les poumons de tout un secteur. Bilan dans quelques jours.

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