Li Ang et la bonne chère/chair : sous le signe du plaisir

Le samedi 18 juin 2016, « Lettres de Taïwan » et la Librairie Le Pigeonnier, à Taipei, organisaient une rencontre autour de l’écrivaine taïwanaise Li Ang (李昂) sur le thème « Li Ang et la bonne chère ». Retour sur cet après-midi littéraire et gastronomique avec David Rioton et Pierre-Yves Baubry, les animateurs de la rencontre.

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A la Librairie Le Pigeonnier, à Taipei, Li Ang (au centre) a échangé le 18 juin avec David Rioton (2e à d.) et Pierre-Yves Baubry (à d.). La rencontre était traduite par Christophe Chan (à g.). (photo : Wendy Périé)

Une femme d’expériences

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Li Ang et David Rioton. (photo : Wendy Périé)

Li Ang est arrivée sous une pluie torrentielle ; son départ, en compagnie d’un bien charmant chauffeur, n’a pas moins ému l’assemblée… Li Ang joue de son mythe et laisse sur son passage un public souriant et songeur. Ricochets de questions et réponses, qui reflètent chacune les chatoiements qu’exercent la nourriture et le sexe, ces deux homonymes de la chair-chère qui s’étire à la surface des textes de l’auteure. Des réponses insolentes et questions surprenantes, entre deux gorgées de Côtes-du-Rhône et une bouchée de tarte aux pommes inoubliable, qui révèlent le goût prononcé et le savoir conjugué de Li Ang sur l’un et l’autre des deux sujets abordés. Quelques questions de morale et de vin suivent cet échange que traduit, avec presque trop d’élégance, monsieur Chan.

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Le Côtes-du-Rhône Ogier Héritages millésime 2013 offert par l’Association des Français de Taïwan a agrémenté l’après-midi. (photo : Wendy Périé)

On regrettera peut-être la dimension parfois un peu anecdotique de cette interview informelle, mais c’est aussi le propre de Li Ang que de percevoir le monde, en premier lieu, à travers le filtre d’expériences concrètes qu’elle explore, et auxquelles elle offre une dimension nouvelle dans l’écriture : la cruauté qui réside dans l’acte de se nourrir, l’ambiguïté de plaisirs sexuels parfois douloureux et les techniques d’approche des serveurs dédaigneux que l’on rencontre dans les grands restaurants français sont autant d’expériences qui reflètent les problématiques explorées par les œuvres de l’auteure, celles-là mêmes qui ont fait sa notoriété.

David Rioton

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Une cinquantaine de personnes a assisté à la conférence. (photo : Wendy Périé)

Irrassasiables ?

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Quand Li Ang explique une astuce pour embarrasser les serveurs hautains des restaurants français étoilés. (photo : Pierre-Yves Baubry)

Grand plaisir que de retrouver la Librairie Le Pigeonnier à Taipei, où j’avais animé à l’automne 2014 un après-midi de présentation de la littérature taïwanaise et du projet « Lettres de Taïwan ». Cette fois-ci, c’est fort de l’entretien réalisé l’an dernier avec l’écrivaine taïwanaise Li Ang que David Rioton et moi-même nous lançons dans une entreprise inédite : une rencontre publique avec l’auteur, sur un thème suggéré par cette dernière et qui fait écho à l’entretien publié l’an dernier tout en explorant un autre aspect de son œuvre : le plaisir de la chère et celui de la chair. Li Ang a avancé l’idée d’un après-midi convivial et d’une discussion littéraire rehaussée par la présence de mets savoureux et de vin capiteux. Restait à transformer l’esquisse en tableau vivant.

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Les savoureux snacks et desserts gracieusement fournis par 30g et Chi Chiang Peng n’auront pas eu raison de la verve de l’auteur. (photo : Wendy Périé)

Une fois de plus, la sympathie que l’entièrement bénévole « Lettres de Taïwan » a pu s’attirer au fil des trois dernières années a permis de réunir les soutiens indispensables à cette petite touche de magie supplémentaire. Le soutien de la propriétaire du Pigeonnier, Sophie Hong (洪麗芬), qui aurait aimé être présente mais a eu la gentillesse de laisser la conférence s’organiser en son absence. Celui de l’équipe de la librairie, efficace et amicale comme à son habitude. Celui de notre partenaire Jentayu qui a assuré le relais promotionnel de cette rencontre. Celui de l’Association des Français de Taïwan et de son président Dominique Levy, qui a valu à tous de déguster un verre ou deux de Côtes-du-Rhône Ogier Héritages millésime 2013. Celui de l’amie Hsieh Shin-chuen qui s’est démenée en coulisses. Celui encore des marques taïwanaises 30g (pour 30e génération, ou 花東菜市集) avec ses succulentes écorces de pamplemousse confit, et Chi Chiang Peng (紀江彭有限公司) avec un assortiment de délicieux snacks et desserts préparés à partir de produits locaux naturels. Celui de Christophe Chan (詹文碩), talentueux traducteur de la rencontre. Et celui du public, venu nombreux.

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La nourriture n’était pas que spirituelle! (photo : Pierre-Yves Baubry)

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Une nouvelle de Li Ang traduite en français par Marie Laureillard est parue dans le numéro 3 de la revue Jentayu. (photo : Wendy Périé)

Et l’échange avec Li Ang alors ? Comme l’évoque élégamment David ci-dessus, il m’a moi aussi en partie « laissé sur ma faim ». Non que l’auteure soit demeurée silencieuse, bien au contraire. Mais, réflexion faite, nous ne sommes sans doute pas parvenus à surmonter une difficulté pourtant pointée dès le début de notre échange avec Li Ang : ses livres traduits en français (Tuer son mari, Nuit obscure et Le Jardin des égarements) ont été écrits il y a longtemps et l’auteure s’est expliquée à leur sujet à de multiples reprises. C’est pourquoi nous avions choisi, sur la base du minutieux travail préparatoire réalisé par David et de sa connaissance fine de ces œuvres, de poser à Li Ang des questions nouvelles, sans doute plus pointues qu’à l’accoutumée, sur ces premiers écrits. Ce premier temps de l’échange aura ainsi pu paraître difficile d’accès à ceux n’ayant pas encore lu Li Ang. Puis, dans un deuxième temps, nous souhaitions laisser Li Ang présenter plus simplement celles de ses œuvres plus récentes traitant particulièrement de la gastronomie, ce qu’elle a fait avec entrain mais sans doute en restant relativement à la surface des choses. Li Ang a toutefois évoqué de manière intéressante certains aspects de son travail de mise en mots des saveurs et des situations. Elle a aussi raconté en détails la genèse de Festin de printemps au canard mandarin 鴛鴦春膳 (2007), pas encore traduit en français.

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Un buffet assemblé grâce aux sponsors a animé la fin de la rencontre. (photo : Chi Chiang Peng)

J’espère que le public présent aura apprécié ce rendez-vous, avec ses limites certes mais aussi ses bons moments, à l’image finalement d’une conversation au cours d’un repas, qui peut passer par des échanges plus légers pour atteindre quelques fulgurances. N’hésitez pas à faire part à « Lettres de Taïwan » de vos réactions (lettresdetaiwan@gmail.com) qui seront autant de suggestions pour une prochaine rencontre. Santé!

Pierre-Yves Baubry

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Le public, composé d’une cinquantaine de personnes, était varié. (photo : Pierre-Yves Baubry)

Remerciements :

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